Carrière30 août 20265 min de lecture

Pas les 2 ans d'expérience ? La vacation reste ouverte

La loi Valletoux ne dit rien de la vacation, qui est un contrat direct avec l'établissement. Ce que ça change pour un jeune diplômé, un FF ou un AES.

Une jeune soignante en tunique bleue ouvre une porte vitrée en souriant
L'essentiel en 30 secondes
  • Le délai de deux ans d'exercice encadre le travail temporaire : il vise les missions conclues via une entreprise de travail temporaire.
  • En vacation, il n'y a pas d'agence dans l'équation : l'établissement vous embauche directement, en CDD d'usage ou en contrat court selon son statut. Le délai de deux ans propre à l'intérim ne s'applique donc pas.
  • Ce n'est ni un sous-statut ni une astuce : c'est un contrat de travail ordinaire, avec bulletin de paie, cotisations et droits au chômage.
  • Une différence à connaître avant de signer : en vacation il n'y a pas d'indemnité de fin de mission, ces 10 % propres à l'intérim.

C'est la phrase que j'entends le plus souvent au téléphone, et presque toujours avec la même voix découragée : « on m'a dit que je ne pouvais pas travailler, que je n'ai pas les deux ans ».

La réponse tient en une distinction : intérim et vacation ne sont pas la même chose. Le délai de deux ans concerne le premier. Pas le second.

D'où vient ce délai de deux ans

La loi du 27 décembre 2023 visant à améliorer l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels, dite loi Valletoux, a encadré le recours à l'intérim en début de carrière.

Le point important : ce texte encadre le travail temporaire, c'est-à-dire la relation à trois où une agence vous emploie et vous met à disposition d'un établissement.

La vacation, c'est quoi exactement

En vacation, il n'y a que deux parties : vous et l'établissement. Il vous embauche directement, pour une journée, une nuit, une semaine. Vous figurez sur son registre du personnel, vous êtes payé par lui, votre bulletin de paie porte son nom.

Concrètement, selon le statut de la structure, ça prend la forme d'un CDD d'usage dans le privé, ou d'un engagement de courte durée dans le public. Dans les deux cas, c'est un contrat de travail normal : cotisations retraite, sécurité sociale, droits au chômage, congés payés.

Le délai de deux ans propre à l'intérim ne s'applique pas. Le ministère l'écrit en toutes lettres dans ses notes du 2 décembre 2025 et du 30 mars 2026 : seuls sont concernés les contrats d'intérim « stricto sensu », pas les contrats conclus directement avec l'établissement.

La différence en une phrase

En intérim, l'agence est votre employeur et vous « prête » à l'établissement. En vacation, l'établissement est votre employeur, point.

Qui est concerné en pratique

Quatre profils reviennent constamment.

Les diplômés de l'année. DEAS ou DEI en poche, parfois déjà des mois de stage dans l'établissement d'à côté, et pourtant renvoyés à un délai de deux ans qu'ils ne peuvent pas raccourcir.

Les faisant fonction. Des personnes qui tiennent un poste d'aide-soignant sans le DEAS, souvent depuis des années. Leur situation est la plus injuste : elles ont l'expérience, mais pas toujours l'antériorité dans le bon métier.

Les AES et les AMP qui couvrent des postes d'aide-soignant sans avoir d'ancienneté d'intérim dans ce métier précis.

Celles et ceux qui reprennent après une longue coupure : congé parental, reconversion, arrêt long. L'expérience existe, mais elle est ancienne ou difficile à prouver sur le papier.

Ce que vous gagnez, et ce que vous perdez

Je ne vais pas vous vendre la vacation comme la solution à tout.

L'avantage. Vous travaillez maintenant, au tarif de l'établissement, sans attendre. Vous construisez l'ancienneté et les preuves qui vous ouvriront l'intérim plus tard, si vous le souhaitez. Et vous entrez dans une équipe qui vous voit travailler : c'est comme ça que naissent la plupart des propositions de poste fixe.

L'inconvénient, et il est réel. En vacation, il n'y a pas d'indemnité de fin de mission. Ces 10 % du brut, propres à l'intérim, n'existent pas dans un contrat direct. À taux horaire identique, une journée de vacation rapporte donc moins qu'une journée d'intérim.

Les congés payés, eux, restent dus : ils figurent sur votre bulletin comme sur n'importe quel CDD.

Les questions qu'on me pose le plus

« Est-ce que ça compte comme de l'expérience ? » Oui. C'est du travail salarié dans votre métier, il figure sur vos bulletins et vos certificats de travail.

« Est-ce que je peux cumuler avec mon poste actuel ? » En général oui, sous réserve des durées maximales de travail et du repos quotidien, qui s'imposent quel que soit le nombre d'employeurs. Si vous êtes dans la fonction publique, vérifiez votre situation auprès de votre employeur : les règles de cumul y sont particulières.

« C'est du travail au noir déguisé ? » Non. Il y a un contrat écrit, une déclaration préalable à l'embauche, un bulletin de paie et des cotisations. Si l'un de ces éléments manque, ce n'est pas de la vacation : c'est irrégulier, et il faut refuser.

« Et pour ma retraite ? » Les cotisations sont versées comme pour tout salarié. Vos trimestres se valident normalement.

Comment ça se passe chez nous

Choeur Médical met en relation les soignants et les établissements. En vacation, nous ne sommes pas votre employeur : nous présentons votre profil, l'établissement vous embauche en direct, et nous facturons nos honoraires de mise en relation à l'établissement. Vous ne payez jamais rien.

Le contrat est préparé par nos soins et signé par les deux parties. Vous savez, avant d'accepter, quelles dates, quels horaires, quel établissement et combien vous touchez net.

Un mot d'honnêteté sur la disponibilité : nos missions sont réparties partout en France, mais leur nombre varie selon les périodes et les régions. S'inscrire ne garantit pas une mission demain. En revanche, l'inscription est gratuite et sans engagement, et vous voyez le montant net avant de vous positionner sur une journée.

Ce que je ferais à votre place

Si l'on vous a répondu « pas avant deux ans », posez une question précise à votre interlocuteur : parlez-vous d'intérim ou de vacation ? Beaucoup de personnes emploient les deux mots l'un pour l'autre, y compris dans des services de ressources humaines.

Et gardez tout : contrats, bulletins, certificats de travail. Le jour où vous voudrez passer à l'intérim, ce sont eux qui feront la preuve.

Article rédigé par un ancien aide-soignant, six ans en établissement en France et en Suisse. Il donne des repères généraux et ne remplace pas l'examen de votre situation : selon votre métier, votre parcours et le statut de l'établissement, la réponse peut changer. En cas de doute, appelez-nous au 04 65 84 68 56, ou rapprochez-vous de l'inspection du travail. Règle des deux ans : loi n° 2023-1268 du 27 décembre 2023 (article 29) ; décret n° 2024-583 du 24 juin 2024 ; Conseil d'État, 6 juin 2025, n° 495797 ; décret n° 2025-1147 du 28 novembre 2025 ; notes d'information du ministère n° 2025/149 du 2 décembre 2025 et n° 2026/48 du 30 mars 2026 (Bulletin officiel santé, protection sociale, solidarité) ; réponse ministérielle à la question écrite n° 4284, Journal officiel du 25 août 2026. Dernière vérification : 26 septembre 2026.